
Comment identifier les signes du trouble du traitement sensoriel
Comprendre le trouble du traitement sensoriel (TTS)
Le trouble du traitement sensoriel (TTS), parfois appelé trouble de l'intégration sensorielle, est une condition neurologique qui affecte la manière dont le cerveau reçoit, organise et répond aux informations provenant des sens. Pour la plupart des gens, ce processus est automatique. Nous sentons le tissu de nos vêtements, entendons le bruit de fond d'un café et voyons les lumières vives sans y prêter une attention particulière. Pour une personne atteinte de TTS, ces mêmes stimuli peuvent être accablants, déroutants ou, au contraire, à peine perceptibles. Il est crucial de comprendre qu'il ne s'agit pas d'un problème de comportement ou d'un caprice, mais d'une véritable difficulté neurologique à gérer le monde sensoriel.
Les deux facettes du TTS : hypersensibilité et hyposensibilité
Le TTS se manifeste principalement de deux manières opposées : une réactivité excessive (hypersensibilité) ou une réactivité insuffisante (hyposensibilité) aux stimuli sensoriels. Un même individu peut d'ailleurs présenter des signes d'hypersensibilité pour certains sens et d'hyposensibilité pour d'autres.
L'hypersensibilité : quand les sens sont en surcharge
Une personne hypersensible perçoit les stimuli sensoriels de manière beaucoup plus intense que la normale. Son système nerveux est en état d'alerte constant, ce qui peut entraîner des réactions de fuite, de lutte ou de repli face à des situations quotidiennes.
- Toucher : Une aversion marquée pour certaines textures de vêtements (étiquettes, coutures, laine), le contact physique inattendu (une tape dans le dos), ou les activités salissantes comme la peinture au doigt ou la pâte à modeler. L'enfant peut aussi être très difficile concernant la texture des aliments dans sa bouche.
- Ouïe : Une détresse intense face à des bruits soudains ou forts que d'autres ignorent, comme un aspirateur, un mixeur, des applaudissements ou une chasse d'eau. L'enfant peut se couvrir les oreilles, crier ou chercher à fuir.
- Vue : Une gêne provoquée par les lumières vives (soleil, néons), les motifs visuels complexes, ou un environnement visuellement chargé. Cela peut se traduire par le fait de plisser les yeux, de se les couvrir ou d'éviter certains lieux.
- Odorat et goût : Des réactions très fortes, souvent négatives, à des odeurs que d'autres ne remarquent même pas. Cela conduit fréquemment à une alimentation extrêmement sélective, où seuls quelques aliments au goût et à l'odeur neutres sont acceptés.
- Système vestibulaire (équilibre) : Une peur intense des mouvements, comme se balancer, glisser sur un toboggan, ou même simplement avoir les pieds qui ne touchent pas le sol. C'est ce qu'on appelle l'insécurité gravitationnelle.
L'hyposensibilité : à la recherche de stimulations
À l'opposé, une personne hyposensible a besoin de beaucoup plus de stimulations pour que son cerveau enregistre l'information. Elle peut paraître indifférente, peu réactive ou constamment en quête de sensations fortes pour se sentir « bien ».
- Toucher et proprioception (conscience du corps) : Un besoin constant de contact physique, de pression profonde (câlins très forts, se glisser sous des coussins lourds). L'enfant peut sembler maladroit, se cogner souvent aux meubles (parfois volontairement), mâchouiller ses vêtements ou des objets, et avoir une tolérance à la douleur étonnamment élevée.
- Ouïe : Peut ne pas répondre à son nom, sembler ignorer les instructions ou parler très fort. Il peut aussi créer ses propres bruits pour obtenir une stimulation auditive.
- Vue : Peut être fasciné par les lumières vives, les objets qui tournent ou les motifs complexes, les fixant pendant de longues périodes.
- Système vestibulaire : Une quête incessante de mouvement. L'enfant adore tourner sur lui-même sans avoir le vertige, se balancer très haut, sauter partout. Il a souvent du mal à rester assis et tranquille.
Observer et documenter : la première étape cruciale
Si vous suspectez un TTS chez votre enfant, la première chose à faire est de devenir un observateur attentif. Tenir un journal des comportements sensoriels peut fournir des informations précieuses pour les professionnels que vous consulterez par la suite. Essayez de ne pas juger le comportement, mais simplement de le décrire objectivement.
Que faut-il noter ?
- Le déclencheur : Quelle situation ou quel stimulus sensoriel a précédé la réaction ? (Ex: Le bruit du mixeur, l'étiquette de son nouveau t-shirt).
- La réaction de l'enfant : Comment a-t-il réagi ? (Ex: Crise de larmes, s'est bouché les oreilles, a cherché un câlin très fort, a commencé à sauter sur place).
- L'environnement : Où cela s'est-il produit ? (Ex: Au supermarché, dans une salle de classe bruyante, à la maison au calme).
- La fréquence et l'intensité : Est-ce que cette réaction est fréquente ? Est-elle légère ou extrême ?
Le parcours vers un diagnostic : qui consulter ?
L'observation est essentielle, mais elle ne remplace pas une évaluation professionnelle. Un diagnostic précis est nécessaire pour mettre en place un plan d'aide adapté.
Le rôle du pédiatre ou du médecin généraliste
Votre premier interlocuteur devrait être votre médecin. Son rôle est d'éliminer d'autres causes médicales qui pourraient expliquer les symptômes. Par exemple, une réaction négative aux sons pourrait être liée à un problème auditif, ou une sélectivité alimentaire à des allergies. Le médecin pourra ensuite vous orienter vers le spécialiste approprié.
L'expert clé : l'ergothérapeute
Le professionnel le plus qualifié pour diagnostiquer et traiter le TTS est l'ergothérapeute, idéalement un praticien spécialisé en intégration sensorielle. Ce sont eux qui possèdent les outils et l'expertise pour évaluer en profondeur le profil sensoriel d'une personne.
Il est important de noter que le TTS n'est pas encore reconnu comme un trouble à part entière dans certains manuels de diagnostic majeurs (comme le DSM-5). Cependant, il est largement reconnu et traité dans le domaine de l'ergothérapie, et un diagnostic posé par un ergothérapeute est la référence pour la prise en charge.
En quoi consiste l'évaluation en ergothérapie ?
L'évaluation pour un TTS est un processus complet qui ne se limite pas à cocher des cases sur une liste. Elle vise à comprendre le fonctionnement unique de l'enfant.
- Entretiens avec les parents : L'ergothérapeute discute en détail du développement de l'enfant, de ses habitudes de vie et des observations que vous avez consignées dans votre journal.
- Questionnaires standardisés : Des outils comme le « Profil Sensoriel » de Winnie Dunn sont souvent utilisés. Ces questionnaires permettent de comparer les comportements de l'enfant à ceux d'une population de référence et de quantifier ses particularités sensorielles.
- Observations cliniques : C'est le cœur de l'évaluation. L'ergothérapeute observe l'enfant dans un environnement contrôlé et ludique (souvent une salle de motricité avec des balançoires, des bacs sensoriels, etc.). Il propose des activités spécifiques pour voir comment l'enfant réagit au mouvement, au toucher, et comment il planifie ses gestes (praxie).
- Évaluation des compétences motrices : L'évaluation inclut souvent des tests pour la motricité fine (écriture, manipulation d'objets) et globale (équilibre, coordination).
À l'issue de cette évaluation complète, l'ergothérapeute sera en mesure de dresser un profil sensoriel détaillé de l'enfant, d'expliquer l'impact de ses particularités sur son quotidien et de proposer un plan d'intervention personnalisé, souvent basé sur la thérapie d'intégration sensorielle.
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